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___Ça ne s'éloigne pas. Non, surtout pas, ce serait nier l'évidence. On s'aime, on rit, on est heureux. Vraiment, une telle démonstration de bonheur ne devrait être autorisé. Ça me procure vraiment une sensation de dégoût total. Décidément le métro parisien est, et restera, un lieu maudit à mon égard. Me forçant à vider mon esprit de ces envies malsaines qui le hantait, je me replongeai tant bien que mal dans ma lecture. Je sortis rapidement de la rame, et allai au lycée. Je l'aperçus, déçue qu'il soit présent aujourd'hui encore : il était là, chaque matin, occupant toujours la même place. De nature solitaire, il n'était plutôt pas du genre "regardez moi", mais les filles, elles, tombaient comme des mouches. Il était le garçon le plus irritant que je connaisse.
- Hey, Claire !
___Mais lui, en faisait son affaire.
- Ethan ! j'employai mon air enjoué des mauvais jours.
___Je lui adressai un de ces fameux sourire faussement enthousiaste.
- La journée commence bien ?
___*A vrai dire, pas du tout, et de là, je dirai que cela va empirer !*
- Parfaitement bien.
___Il riait. Mon air "ça va, fiche moi la paix" avait le don de lui faire cet effet là, à mon plus grand regret.
- Non, franchement ? relança-t-il, plus sérieusement.
- Elle commence très mal et j'ai la très nette impression que cela va empirer.
- Le métro te mettra toujours de bonne humeur.
- Toujours.
___Nous rentrions en classe, et je m'interrogeai : j'avais quelques connaissances, mais ça n'était pas vraiment mon truc de rester avec les mêmes personnes tout au long de la journée. De plus, je n'étais pas toujours très "chaleureuse", mais lui s'obstinait, ce que je ne comprenais pas, et me posait problème. En plus de la vie en elle-même, il m'encombrait de questions aussi inutile que
- A quoi penses-tu ?
- Futile, soupirai-je, agacée.
___Visiblement, il ne comprenait pas.
- A rien, je ne pensais à rien.
___C'était la fin de la journée, je pourrais enfin rentrer chez moi, mais il insista pour me raccompagner, sous prétexte qu'il ne savait pas où je vivais. Bizarrement le voyage qui était habituellement long, fut, cette fois-ci, assez rapide. Nous étions arrivé, je m'apprêtais à lui dire au revoir.
- Je connais cet immeuble, les appartements y sont plutôt ... réduits, non ?
___Il ne me posait aucune question, il affirmait, sur de ce qu'il avançait.
- C'est suffisant.
- A combien vivez-vous là-dedans ?
- Je suis seule.
- Et tes parents ?
- Plus là.
___Le silence s'installa, mais je fus agréablement surprise par le fait qu'il n'insiste pas sur le sujet : d'ordinaire, il aimait approfondir les conversations.
- Bon, et bien, à demain, lança-t-il à contrecoeur.
___Pour la première fois en ma présence, son sourire ne semblait pas sincère. En un certain sens, ça me fit plaisir de voir que cela lui arrivait à lui aussi. Je soupirai.
- Entre deux minutes, si tu veux.
___Je n'avais pas pris le temps de réfléchir, et je craignais d'avoir vraiment prononcer ces paroles. Je me maudis et voulut modifier quelque chose mais ça n'en valait plus la peine : il m'avait déjà devancer.
___Il regardait tout, prêtait attention à chaque détail, comme si cela était un livre entièrement captivant. Je n'avais rien à lui dire, d'ailleurs je ne le connaissais pas vraiment. J'étais stupide d'avoir proposer une chose pareil. Lui, semblait parfaitement à l'aise.
- Tu aimes la musique ... et les livres, affirma-t-il, le sourire aux lèvres en voyant les instruments et les étagères remplis de bouquins.
- C'est mal ?
___Il rit, me donnant l'impression qu'il prenait un certain plaisir a me voir sur mes gardes.
- Pas du tout. Tu te brusques beaucoup trop, et puis détends-toi un peu, je ne vais pas te manger.
___Je souris, amusée par cette phrase idiote souvent employée et pourtant vraie. Je respirai et fermai les yeux. Je les rouvris au son de la guitare : il était assis en face de moi, les doigts se baladant sur le bois.
- Tu veux quelque chose ?
- De l'eau, s'il-te-plait.
___Je lui tendis le verre, et m'aperçus que ses mains tremblaient.
- Tu as froid, affirmai-je, étonnée : le beau temps était au rendez-vous ces derniers jours.
- Ce n'est pas ça.
___Il serra ses poing avec force, fermant les yeux, agacé. Ce coup-ci, ça n'était pas moi qui m'étais refermée brusquement, mais bien lui, la personne calme et patiente. Je posai le verre sur la table, près de lui.
___Un nouveau silence s'était installé, gêné. Puis, après avoir jeté un vif coup d'oeil à sa montre, il reposa la guitare, but son verre et rassembla ses affaires, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
- On se voit demain.
___Je n'eus pas l'occasion de répondre, il était déjà partit, claquant la porte derrière lui. Un peu déconcertée par ce comportement qui ne lui ressemblait pas, je me mis au travail, tout en ayant l'esprit ailleurs.